Intelligence artificielle : l’avenir est à la vision business

Quelle réalité pour l’intelligence artificielle dans notre quotidien ? Et au-delà de l’imagerie populaire sur un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre, quel impact pour les activités professionnelles ? Ces deux questions ont été au cœur des échanges de la soirée du Club des Partenaires IT du 6 avril 2016, qui a eu lieu dans les salons de SwissLife Banque Privée, place Vendôme.

Une table-ronde autour d’Antoine Petit – PDG de l’INRIA, François-Régis Chaumartin – fondateur de Proxem, spécialiste de l’analyse sémantique de big data, Thierry Pineau – lead partner financial services pour Devoteam Management Consulting, et Joannès Vermorel – fondateur de la start-up Lokad, a introduit le dîner-débat, avec pour thème : L’intelligence artificielle va-t-elle changer les règles du jeu sur vos marchés ?

 

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L’IA entre mythe et réalité

Entre un AlphaGo qui bat Lee Sedol, le champion du monde de Go à 4 reprises sur un total de 5 parties, et les déboires de Tay, le chatbot de Microsoft sur Twitter qui a défrayé dernièrement la chronique, le seul point commun semble être le terme d’intelligence artificielle. Un concept dont se sont emparés les auteurs de science-fiction et Hollywood depuis de très nombreuses années et qui berce l’imaginaire. Mais concrètement, est-ce seulement un buzzword ? Il y a sans doute un peu de cela. La capacité d’une machine à faire appel à des « processus mentaux de haut niveau » comme la mémoire ou le raisonnement critique, résume assez sommairement un large champ scientifique qui recoupe de nombreuses variations.

Ce qui est certain, c’est en tout cas que l’IA est un mouvement de fond, qui n’en est qu’à son commencement. L’accélération du « deep learning » est suivie de près par de nombreuses entreprises. La capacité d’une machine de tirer des conclusions en se basant sur la consultation d’un très grand nombre de données, plutôt que sur un algorithme informatique qui permet de résoudre un problème « unitairement », offre des opportunités dans des secteurs aussi variés que la santé ou l’industrie manufacturière.

Les questions éthiques, souvent au cœur des fictions, se posent déjà, elles, a fait remarquer Antoine Petit de l’INRIA : « Il y a eu des pétitions contre les armes létales automatisées mais aussi des réflexions sur le comportement, et la question de la responsabilité, si une voiture autonome est concernée par un accident ». D’autant plus quand la machine doit arbitrer pour un « moindre mal » dans une situation complexe.

 

Des concrétisations de plus en plus pertinentes

Des réflexions qui n’empêchent pas les applications concrètes de se multiplier. Elles sont souvent issues d’une longue itération. « La traduction automatique, par exemple, est apparue après la seconde Guerre Mondiale, à partir des moyens militaires conséquents qui étaient consacrés à la science, comme souvent. Des avancées ont eu lieu dans les années 70 puis 90 et aujourd’hui, nous en sommes à la cinquième ou sixième vague d’enthousiasme pour le sujet » a relaté François-Régis Chaumartin de Proxem. Peut-on pour autant tout faire avec le « deep learning » ? « Oui, mais pas toujours au même niveau » répond Antoine Petit. La complexité ou la nouveauté de certaines approches rendent la question de la recherche complètement clé. Cela tombe bien, les Français ne sont pas en reste en la matière : « Nous sommes parmi les tout meilleurs au niveau international » affirme Antoine Petit. Yann Le Cun, qui a créé et dirige le laboratoire d’intelligence artificielle FAIR à New-York pour Facebook, est originaire de Paris, formé l’ESIEE et à l’Université Pierre-et-Marie-Curie, et titulaire de la chaire Informatique et Sciences Numériques du Collège de France en 2016 ! Que Facebook ait ouvert une branche de son laboratoire à Paris n’est donc pas surprenant.

« Mais sur de nombreux sujets, il est possible de réappliquer des recettes connues et déjà bien maitrisées » relativise Joannès Vermorel. Les entreprises manquent elles alors trop d’imagination pour appliquer les avancées de l’IA à leurs activités respectives ? Peut-être un peu, mais pas seulement : « La rationalité dans le milieu de l’entreprise est un combat permanent. Si le problème se situe au niveau du raisonnement business, que celui-ci est faux… mettre un outil d’accélération – c’est le sens de l’intelligence artificiel au final – ne vous fera qu’aller plus vite et plus fort dans le mur » note le dirigeant de Lokad. A l’inverse, quand elle fait sens, l’IA devient si transparente, qu’elle est presque un non-évènement, comme le montre l’exemple des antispams qui fonctionnent dans les boites e-mails.

 

Faire monter en puissance les acteurs

Alors, y-a-t-il plutôt une éducation à faire pour débloquer le potentiel de l’intelligence artificielle dans les entreprises, plutôt que de risquer qu’elle soit perçu tour à tour comme un mythe ou comme une réalité trop complexe à mettre en œuvre ? « Domestiquer la complexité du sujet est un enjeu réel, mais rapidement on peut trouver le rythme qui convient à l’entreprise selon son business : faire des prédictions, des recommandations au niveau décisionnels, ou encore optimiser les contraintes » a notamment souligné François-Régis Chaumartin.

« On manque clairement d’acteurs prédisposés à prendre le sujet en main dans les entreprises » a regretté Thierry Pineau de Devoteam. « Les banques, qui se font bousculer par les Fintechs sur la question de l’exploitation des données, recrutent à tour de bras. Mais même au niveau des acteurs de l’offre, nous n’avons pas des entreprises comme Palantir Technologies, fondée aux Etats-Unis avec la bénédiction du FBI et de la NSA, et qui s’implante aujourd’hui en Europe pour analyser par exemple le comportement des traders, leurs fréquences vocales, leur niveau de stress, pour déterminer à terme la véracité des transactions réalisées. Un cas qui peut parler au monde entier » a-t-il illustré.

Un exemple qui démontre que la priorité, comme souvent, est bien de trouver pragmatiquement des cas d’usage qui vont apporter une valeur différenciantes pour ses clients. Un objectif business qui demande pour l’heure, avant tout de l’intelligence humaine.

 

Les start-up invitées

Julie Desk

Fondée par 3 ingénieurs de l’école polytechnique, Julien Hobeika (président), Guillaume Michiels et Nicolas Marlier, la société Wepopp a proposé dès 2013 une application  permettant d’organiser des sorties entre amis. Après avoir enrichi son offre en mars 2014 avec l’organisation de rendez-vous professionnels (application WeTime), Wepopp s’inspire du boom de l’assistance déportée aux US et développe Julie Desk sous la forme d’un nouveau service et non plus une application : une véritable assistante à intelligence artificielle. Julie Desk a remporté le prix Techno Numérique des Talents du Numérique 2015.

Etaonis

Etaonis propose aux entreprises, quelle que soit leur taille, de bénéficier des dernières avancées en Data Science, par des solutions en mode SaaS. La start-up permet aux entreprises d’exploiter de façon optimale leurs données (nettoyage, visualisation, modélisation et algorithmie) mais aussi d’automatiser les tâches répétitives à faible valeur ajoutée (aspiration d’informations sur Internet, analyse d’images, reporting, génération de contenus…)

Lokad

Lokad développe une solution d’optimisation quantitative pour le secteur du commerce, en exploitant des concepts tels que Big Data, machine learning et cloud computing pour fournir des analyses approfondies. En leur donnant la possibilité de prendre des décisions plus rapides et plus judicieuses, nous permettons aux professionnels de la distribution, du e-commerce et de la vente en gros de faire plus de profits. La start-up propose, entre autres, des solutions d’optimisation des stocks via une technologie de prévision de la demande, d’optimisation des prix, de détection des stocks fantômes, de surveillance des indisponibilités en linéaire et d’optimisation des assortiments… Elle offre également une infrastructure Big Data et des services de conseil.

 

Le mot de conclusion : 

Jean-Christophe Chamayou, président de Lafayette Associés :

« Intelligence artificielle… Derrière ce terme, se cache beaucoup de réalités, difficiles à cerner en une unique définition. Le problème peut être contourné en se posant plutôt la question des objectifs à atteindre. ‘Intelligence accompagnée’, ‘Intelligence Assistée’, ‘Intelligence Augmentée’… ce sont aussi des IA qui nous sont accessibles, sous le signe de la continuité de l’expertise humaine. Aujourd’hui, l’individu reste dépositaire de l’esprit critique, qui permet d’aller au-delà du seul sujet technologique.

C’est d’autant plus important que nous savons tous que ce champ d’avancement est un enjeu majeur pour les géants comme Facebook, Google, IBM… Si le marché est difficile à délimiter précisément, il est certainement très ambitieux. Secteur par secteur, on peut voir des opportunités se présenter pour nos activités : en e-commerce, l’IA peut améliorer l’intelligence économique, pour dépasser la concurrence, améliorer les marges… ; dans l’industrie, l’IA est au service de la robotique et des objets connectés, avec une forte incidence sur les outils de production ; dans la finance et l’assurance, le prédictif se taille une place majeure ; dans la distribution, l’impact est sur la veille et l’optimisation des processus ; même l’agriculture est concernée, avec la mécatronique ! Reste le quid de la compétence et de l’adaptation à ce changement. Sommes-nous prêt culturellement en France à se lancer plus fort dans cette aventure, alors que les anglo-saxons nous ont déjà prouvé qu’ils en étaient capables ? »


  • Antoine Petit,
    Président directeur général de l’Inria

  • François-Régis Chaumartin,
    Fondateur de Proxem

  • Thierry Pineau,
    Lead Partner Financial Services Devoteam Management Consulting

  • Joannès Vermorel,
    Fondateur de Lokad
2018-08-10T12:48:56+00:00