A l’assaut de l’international

A l’assaut de l’international

L’international est encore trop souvent vu par les entreprises françaises comme un Everest inatteignable… Les startups, de leur côté, ne se posent généralement même pas la question d’aller se développer sur les marchés mondiaux. De nombreux entrepreneurs rapportent qu’ils se heurtent régulièrement à la frilosité des investisseurs lorsqu’il s’agit d’aborder la question de l’export. Pourtant, les innovations « à la française », qu’elles soient technologiques ou en termes de business model, ont tout autant de chance de réussir à l’étranger que celles d’autres pays. Et c’est parfois par le biais de leurs clients et non par leurs propres moyens que de nombreuses jeunes sociétés découvrent l’international. On note cependant des progrès ces dernières années puisque les entrepreneurs constatent une amélioration des montants et des conditions de financement pour les entreprises qui souhaitent s’implanter à l’étranger.

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C’est donc plutôt la méconnaissance des nombreux outils de développement international qui vient freiner les entreprises françaises dans leur volonté de s’exporter. Autour d’un dîner débat, les invités du Club des Partenaires ont pu échanger le 7 octobre dernier, à propos de leurs expériences sur la thématique de l’export des produits et services français.

Décryptage de nos intervenants : 

– Céline Zapolsky, Directrice du développement commercial, Linagora

« Linagora est un éditeur de logiciel spécialisé dans l’open source. Nos logiciels répondent aux problématiques posées dans les domaines de la collaboration, de la communication et de la sécurité. Nous travaillons avec l’Etat français depuis maintenant 15 ans et leur proposons des solutions pour le service public. Nous sommes également présents aux Etats Unis depuis 2008. Aujourd’hui nous travaillons dans 25 pays, en partie grâce aux entreprises qui nous portent à l’international. L‘ambition de l’Afrique d’accroitre son utilisation des outils numériques et digitaux est bien réelle, c’est un marché que l’on ne voit pas forcément venir mais où il y a de l’argent et l’envie de multiplier les outils informatiques. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore les pays du Maghreb sont des marchés avec un très fort potentiel économique. Nous nous sommes également implantés au Vietnam car c’est une porte d’entrée pour l’Asie, c’est un pays où il y a au minimum 4 devices par personnes. Les usages de la mobilité en Asie ont 10 ans d’avance sur ce qui se fait en Europe ou aux Etats-Unis. Les Asiatiques ne sont pas passés par le stade du PC, ils ont connu très tôt l’ère des smartphones et tablettes.

Il n’y a pas de recette miracle pour se développer à l’international. Au Canada nous sommes passés par les services de l’ambassade, pour le Vietnam nous avons fait appel à la Chambre de Commerce et d’industrie Française à l’International (CCI FI), nous avons également été accompagnés par la Coface et le MEDEF international. Il existe de nombreuses structures qui aident les entreprises à s’exporter mais elles sont souvent méconnues. »

– Bruno Delhaye, PDG, Holy-Dis – Accès à la présentation

« Notre métier consiste à proposer des solutions logicielles pour la planification optimisée de ressources humaines. La tâche n’est pas simple car nous devons composer avec des exigences totalement contradictoires comme le droit du travail, les conventions d’entreprises, les souhaits individuels, etc. Nous devons « matcher » tout cela et en sortir un planning fonctionnel. La fin des années 1980 marque les balbutiements de l’informatique qui est, dans notre domaine, un outil formidable pour faire très rapidement une grande quantité de calculs. C’est dans cette optique que nous avons fondé Holy-Dis en 1988, suivant le crédo : « Mettre la bonne personne, au bon endroit et au bon moment ». Ce savoir-faire a été développé en France et nous sommes aujourd’hui arrivés à maturité. Nous contrôlons entièrement la chaine de production de nos produits, de la conception à la distribution en passant par la vente et l’intégration. Nous avons également fait le choix d’une forte spécialisation sectorielle envers la grande distribution et les centres d’appels.

Notre développement à l’international est venu un peu « malgré nous ». C’est en suivant nos clients, de grandes entreprises françaises qui existent à l’international, que nous avons pu exporter nos produits en dehors de nos frontières. Pour répondre aux attentes sur ces nouveaux marchés, nous n’avons pas seulement exporté nos produits : nous nous sommes implantés localement en nous entourant de collaborateurs biculturels afin de mieux comprendre les problématiques et enjeux propres à chaque région. Aujourd’hui nous sommes présents dans 42 pays. ».

– Renaud Gruchet, Directeur commercial, Pradeo – Accès à la présentation

« De plus en plus de personnes possèdent un smartphone, et lorsqu’on télécharge une application, on accepte généralement les conditions générales utilisateurs (CGU) sans les lire et donc sans vraiment savoir ce qu’elles contiennent. Notre travail est de révéler les comportements cachés des applications, car certaines d’entre elles dissimulent des lignes de codes de programmes malveillants. Les applications les moins dangereuses sont capables d’envoyer des SMS puis de les effacer automatiquement, tandis que d’autres vont bloquer complètement votre téléphone en se faisant passer pour l’administration fiscale ou l’Etat, puis exiger une rançon. Depuis notre création nous avons déjà analysé plus 1,2 millions d’applications, 39% d’entre elles contenaient des programmes malveillants. La technologie que nous avons développée permet pour n’importe quelle application de savoir : à quelles données elle accède, quelle connexion elle établit vers l’extérieur et quelles données présentes dans le smartphone sont manipulées. Dans notre domaine d’activité nous avons trois concurrents, tous américains. C’est un milieu où il faut être leader mondial sinon on met la clef sous la porte. Pourtant les investisseurs sont frileux, nous avons dû faire nos preuves avec nos clients français, mais malgré cela notre ambition fait peur. Nous avons réussi à approcher Samsung qui maintenant est l’un de nos partenaires. Aujourd’hui nous avons un bureau à Londres et un aux Etats-Unis, et nous allons bientôt en ouvrir un en Allemagne. »

– Alain Renck, Directeur de Bpifrance Export

« Le marché français est un marché difficile d’accès car relativement fermé et très concurrentiel. Contrairement au discours général ambiant, nos technologies sont très bien accueillies partout dans le monde. C’est pourquoi, si une entreprise arrive à se développer en France, il n’y a aucune raison pour qu’elle n’y arrive pas au niveau mondial. Nos startups doivent s’exporter à l’international et la Banque publique d’investissement (BPI) est un acteur qui les aide dans ce processus. Cet accompagnement recouvre six thématiques. Tout d’abord nous jouons le rôle de banquier, mais contrairement aux banques traditionnelles nous investissons sur l’innovation et l’immatériel. Nous avons dans ce sens des produits spécifiques pour aider l’embauche d’un directeur à l’export ou traduire un site internet, par exemple. Nous avons aussi un fond « ambition numérique » à destination des sociétés qui travaillent dans ce secteur. La BPI joue également le rôle de garant pour les entreprises avec des fonds qui proviennent de l’Etat et de la Caisse des dépôts, ceci s’accompagne de produits d’assurance pour les investissements réalisés à l’étranger. De surcroit, nous accompagnons les startups dans la « vallée de la mort », la période souvent critique entre la fin du développement de l’innovation et le début de sa commercialisation. Enfin nous avons tout un pan de notre activité dédié à l’international puisque nous accompagnons physiquement des startups à l’étranger pour les aider à la prise de contact avec les bons interlocuteurs sur place. »

Rendez-vous le 9 décembre prochain pour la grande soirée annuelle placée sous le signe des partenariats Franco-Canadiens. Si vous souhaitez parrainer une PME innovante Canadienne, inscrivez-là dès maintenant ici

 


  • Céline Zapolsky,
    Directrice du développement commercial, Linagora

  • Bruno Delhaye,
    PDG, Holy-Dis

  • Renaud Gruchet,
    Directeur commercial, Pradeo

  • Alain Renck,
    Directeur de Bpifrance Export
2018-08-09T01:18:42+00:00